Tous des vipères lubriques ?

Il m’arrive de me promener en bord de mer en compagnie d’un adorable vieux monsieur (le terme « vieux » est une marque d’affection) que sa carrière d’avocat a rempli de sagesse, mais aussi d’humour. J’aime ces promenades iodées, le regard va de l’infini de l’horizon à l’incessante agonie des vaguelettes : cela porte à la réflexion ! Il nous arrive de croiser l’une ou l’autre femme voilée. Plus ou moins, mais voilées quand même. Et mon ami me dit, mi-amusé, mi-irrité : « ah ! Je ne sais pas si je dois être flatté qu’à mon âge cette dame me croie encore capable d’assauts sexuels ! En fait, je me sens plutôt insulté qu’elle me soupçonne de ne pouvoir refréner mes pulsions libidineuses à la simple vue d’une chevelure féminine ! Nous ne sommes pas des sauvages ! Que dans certaines contrées du globe, les femmes aient à se garder de l’agressivité sexuelle mâle, c’est bien possible. Mais dans nos pays un tant soit peu civilisés, non quand même … Si on le lui disait ? Peut-être enlèverait-elle cet horrible voile et nous lui aurions donné le bonheur de sentir ses cheveux libres au vent marin … »

satyre

Et moi, une vieille pute

Vous êtes offensé, mon cher ami ? Mais moi aussi. Cette dame qui porte le voile, par pudeur entend-t-on dire, m’accuse implicitement d’être impudique. Ou d’intentions condamnables. Et parfois très explicitement. Oui, oui : cela se passait en 2004 par un beau dimanche ensoleillé de juin. Mon mari et moi revenions du bureau de vote par une rue piétonne calme et paisible. Nous dépassâmes un couple et une petite fille : la femme était voilée, la fillette, adorable, gambadait à côté de sa poussette vide. En les dépassant je ne pus m’empêcher de confier ma tristesse à mon mari : « pauvre petite fille qui va devoir porter le voile plus tard ». Là-dessus l’homme nous rejoint, se plante devant moi : « Tu as des problèmes ? ». Je le rassurai tout en lui faisant remarquer que son tutoiement n’était pas de mise. Et nous continuons notre route. A un carrefour, ils nous perdent de vue. Mais quelques minutes plus tard, la fillette replacée en poussette, ils nous retrouvent. La femme s’élance vers moi, me rattrape et saisit méchamment mon t-shirt, en hurlant « sale pute, vieille pute, c’est ta mort ». Mon mari est terrorisé, je n’en mène pas large non plus. Et puis, ôh chance ! Le trottoir en face abrite deux pubs, l’un anglais, l’autre irlandais avec des très joyeux buveurs de bières fortes en terrasse. « My goodness ! De la castagne, on va se défouler (trad.libre) ! ». Ils traversent la rue en roulant des mécaniques. Comme dans les films … Inutile de dire que femme voilée, poussette et mari ont décampé, vite fait. Que se serait-il passé sans l’intervention de ces buveurs de bière ? Je n’en sais rien. Que faire devant la violence ? Pendant tous ces moments, je me suis sentie dans la peau d’un Juif des années 30, insulté et pris à partie par un nazi ...

@ston martin