Au nom de l’antiracisme, l'on inverse la donne. Il ressort du rapport A/HRC/13/57 (au sujet dudit projet) du Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, que le Conseil des Droits de l'Homme a circonscrit sa mission comme suit : il s'agit d'évoquer les "liens possibles entre la diffamation des religions et la montée des provocations, de l'intolérance et de la haine dans de nombreuses régions du monde". L'orientation de ce rapport est assez claire lorsque l'on constate qu'il reprend à son compte cette affirmation-ci : "il a été noté que l'Algérie (...) garantissait la liberté de religion, la tolérance et le respect entre les différentes religions ainsi que la protection de l'Etat aux associations des cultes autres que musulmans". Aucune mention de la loi algérienne sanctionnant l'apostasie et tout ce qui est assimilé au prosélytisme religieux non musulman.

Protéger la liberté du culte est une chose ; l’ériger en mécanisme de censure et de coercition sociale en est une autre. L’enjeu, pour le monde entier, est la préservation des libertés individuelles. Ne nous voilons pas la face, ce sont les Etats islamiques qui sont demandeurs de l’instauration de ces normes contraignantes, et c’est de l’islam qu’il s’agit lorsqu’ils parlent de religion à respecter. Admettre l’amalgame entre la critique de l’islam et le racisme en habilitant, de surcroît, tout individu à exiger de l’Etat que son prescrit religieux y soit admis, cela signifie pratiquement que tout musulman, où qu’il soit dans le monde, aura le droit d’y faire appliquer la charia par les juridictions locales. Et cela signifie aussi que s’engouffreront dans la brèche, les revendications les plus radicales au nom de n’importe quelle religion, l’islam n’ayant pas le monopole en la matière. S’agissant là d’une convention internationale, lesdites normes contraignantes disqualifieront celles de la Convention européenne des Droits de l’Homme dans la mesure où elles ne seront pas compatibles avec la charia.

Washington a refusé cette criminalisation de la liberté, et annonce une initiative ; Bruxelles tarde à arrêter une position commune aux Etats européens. Bis repetita...

Texte de Philippe CHANSAY WILMOTTE